Société civile haïtienne : le pari d’une action commune après neuf mois de concertation

Après neuf mois de recherche-action, d’études, de rencontres et de consultations, des organisations de la société civile haïtienne se sont réunies, le 26 septembre 2026, au Palm Hôtel, à Pétion-Ville, autour d’une Convention d’Action Unitaire. La rencontre intervenait dans un contexte marqué par de profondes divisions au sein du secteur et par une crise multidimensionnelle qui appelait, selon les participants, à une meilleure coordination des forces sociales. Portée par six plateformes et réseaux de la société civile, la démarche rassemblait notamment la Convention Nationale de la Société Civile (CONASOC), le Forum National de la Société Civile (FONSOC), le Conseil National de la Société Civile (CNSC), l’Assemblée des Organisations de la Société Civile (AOSC) et le Forum des Organisations Haïtiennes pour la Paix et le Développement Durable (FAUT). Plus d’une cinquantaine de personnes ont pris part aux échanges, parmi lesquelles des responsables d’organisations, des jeunes et différents acteurs engagés dans la vie sociale. Une mobilisation destinée à rapprocher des structures aux profils et aux sensibilités diverses autour de préoccupations communes.

Neuf mois pour comprendre les fractures de la société civile

En amont de la convention, les organisations participantes ont multiplié les espaces de réflexion avec leurs structures affiliées. Études, forums, rencontres et débats ont permis d’examiner les conditions nécessaires à une intervention plus concertée sur les grands enjeux nationaux. Deux travaux ont notamment alimenté cette réflexion : une étude sur l’environnement favorable à la société civile et une cartographie des organisations qui la composent.

Ces travaux ont progressivement mis en évidence une difficulté centrale: la fragmentation du secteur. La multiplication des clivages entre organisations limite leur capacité à porter des préoccupations communes et à agir collectivement. Pour Émile BRUTUS, coordonnateur de la Convention d’Action Unitaire de la société civile, l’enjeu consiste désormais à construire une dynamique commune sans effacer les particularités de chaque organisation.

« Nous sommes arrivés à la conclusion que la société civile haïtienne est divisée, qu’elle connaît trop de clivages, et que cela affaiblit son efficacité et ses actions. Nous voulons travailler sur les grands problèmes nationaux tout en respectant la diversité de chaque organisation. Chaque organisation conservera ses particularités », a-t-il expliqué.

De la résolution à l’action

La convention devait aboutir à une déclaration commune et à la mise en place d’un mécanisme chargé d’en assurer le suivi. Encore en discussion au moment de la rencontre, le projet de résolution n’a pas de portée juridique contraignante. Il ne s’agit ni d’une loi ni d’un décret, mais d’un engagement collectif destiné à maintenir la concertation entre les organisations de la société civile.

Wilson S. JOSEPH, coordonnateur général d’Éveil Patriotique d’Action Sociale et Intellectuel Égalitaire, appelle néanmoins à passer des engagements aux interventions concrètes, notamment dans les quartiers les plus touchés par la crise. « Réunir beaucoup d’organisations autour d’un problème et rédiger des résolutions, cela ne suffit pas. Il faut investir les quartiers défavorisés, les quartiers où vivent les groupes armés avec la population, comprendre leurs revendications pour parvenir à une solution durable », a-t-il déclaré.

La jeunesse demande une place dans le mécanisme de suivi

La composition du futur mécanisme de suivi a également nourri les échanges. Secrétaire du bureau exécutif de MENPAKTE, Anne Michelle NERVILUS plaide pour une participation plus effective des jeunes et des femmes dans les prochaines étapes du processus. Elle estime que cette ouverture doit également permettre aux personnes vulnérables et marginalisées de prendre part aux décisions et aux actions qui seront engagées.

« Je pense qu’il est important d’impliquer une jeune et une femme, afin que la voix de tout le monde puisse être entendue. Il ne faut pas seulement inviter les jeunes à participer aux discussions; il faut aussi leur permettre de prendre part aux décisions et aux actions qui suivront. Les personnes vulnérables et marginalisées doivent également pouvoir faire entendre leur voix. Si nous voulons réellement construire quelque chose ensemble, les organisations doivent commencer par ouvrir leurs propres espaces de participation et donner aux jeunes la possibilité de s’impliquer davantage », a-t-elle souligné.

Un consensus à construire dans la durée

Pour les initiateurs de la démarche, le rendez-vous du 26 septembre ouvre ainsi une nouvelle séquence. D’autres organisations pourront rejoindre le mouvement et contribuer aux prochaines discussions, avec l’ambition de faire évoluer progressivement les rapports entre les différentes composantes de la société civile. L’enjeu sera désormais de faire de cette volonté de rapprochement une pratique durable, capable de résister aux divergences et de laisser une place aux différentes voix appelées à prendre part au débat public.

Marc-Kerley FONTAL

marckerleyfontal@gmail.com

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