Delmas, le 18 août 2026.- L’aide humanitaire peut-elle réellement se limiter à distribuer des biens et des services? Que reste-t-il de l’assistance lorsqu’une personne demeure exposée à la violence, à la stigmatisation ou aux conséquences psychologiques d’une crise? Ces questions ont alimenté, mardi 18 août, les échanges entre intervenants, leaders communautaires et bénéficiaires réunis au bureau de l’Organisation de Développement et de lutte contre la pauvreté (ODELPA), à l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire.

Placée sous le thème « L’humanitaire au cœur des communautés : écouter, protéger et agir », cette rencontre, animée par Esperancia Jean Noel, Responsable de communication à ODELPA, a surtout mis en lumière une préoccupation commune: la nécessité de placer les personnes affectées et les communautés au centre de la réponse humanitaire.

Autour de la table, Dudley St Jean, Senior Protection Officer au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en Haïti, Robens Doly, spécialiste en santé mentale, soutien psychosocial et violences basées sur le genre, ainsi qu’Augusta Moïse, juriste et présidente de Solidarité Féministe pour une nouvelle émergence (SOFENOE), ont abordé les multiples dimensions de la protection humanitaire.
Les discussions ont rapidement dépassé la seule question de l’assistance matérielle.
« Recevoir une aide est important, mais cela ne suffit pas toujours à garantir la sécurité, la dignité et le bien-être d’une personne », a notamment souligné Dudley St Jean. Aussi, a-t-il rappelé la nécessité d’intégrer la protection dans toutes les réponses apportées aux populations affectées par les crises.

Cette approche suppose, selon les intervenants, d’écouter davantage les communautés afin de mieux comprendre les risques auxquels elles sont confrontées et d’adapter les interventions à leurs besoins réels.
Pour Robens Doly, les crises humanitaires ne laissent pas uniquement des conséquences visibles. Elles affectent également la santé mentale et l’équilibre psychologique des personnes qui les traversent.
« On ne peut pas parler de relèvement ou de bien-être sans prendre en compte ce que les personnes vivent intérieurement, notamment après les violences, les déplacements et les différentes ruptures provoquées par les crises », a-t-il expliqué, tout en plaidant pour une meilleure intégration du soutien psychosocial dans la réponse humanitaire.
La question des violences basées sur le genre et de la place des femmes dans les mécanismes de décision a également occupé une place importante dans les échanges.
Augusta Moïse a insisté sur la nécessité de considérer les femmes non seulement comme des personnes à protéger, mais aussi comme des actrices à part entière de la réponse.

« Les femmes doivent pouvoir participer aux décisions qui concernent leur vie et leur communauté. La protection de leurs droits passe aussi par leur participation, » a soutenu la juriste, au cours des discussions.
Ces réflexions ont trouvé un prolongement dans les questions et les préoccupations exprimées par les participants. Plusieurs d’entre eux ont interrogé la capacité des organisations humanitaires à répondre durablement aux besoins des communautés et à associer réellement les personnes concernées à la définition des priorités.
C’est précisément autour de cette interrogation qu’ODELPA a organisé ce dialogue communautaire, dans le cadre de la Journée mondiale de l’aide humanitaire.
Pour l’organisation, cette commémoration devait être l’occasion de rendre hommage aux travailleurs humanitaires, mais également d’ouvrir un espace de réflexion sur le sens même de l’aide apportée aux populations affectées par les crises.
La question centrale posée au cours de la rencontre était simple : « Qu’est-ce que l’aide humanitaire doit réellement changer dans la vie d’une personne ? »
La réponse est apparue dans les différents témoignages et interventions : l’aide ne devrait pas seulement répondre à une urgence immédiate, mais aussi contribuer à renforcer les capacités des personnes, leur autonomie et leur dignité.
La parole des bénéficiaires a ainsi constitué l’un des temps forts de la rencontre.
Robenson Louis, Josue Saintiny, Caleb Saintiny et Clara Joseph ont présenté leurs parcours ainsi que différentes initiatives entrepreneuriales développées avec l’accompagnement reçu. Transformation d’épices à travers l’entreprise « Saveur créole », de Caleb Saintiny et Clara Joseph – valorisation de produits agricoles pour la production de protéines, développé par Josue Saintiny – commerce de vêtements, Robenson Louis (Ruby) : ces expériences ont permis de donner une dimension concrète aux débats sur l’autonomisation.

« L’aide doit aussi permettre aux personnes de construire quelque chose pour elles-mêmes, et pas seulement de recevoir », a résumé Clara Joseph, dans l’esprit des échanges qui ont marqué cette séquence.
À travers ces initiatives, les bénéficiaires ont rappelé qu’ils ne souhaitent pas être réduits à leur statut de personnes assistées. Ils peuvent également participer à l’identification de leurs besoins, proposer des solutions et contribuer au développement de leur communauté.
Cette approche rejoint l’un des principaux messages de la rencontre: les communautés ne doivent pas être considérées uniquement comme des bénéficiaires de l’action humanitaire, mais comme des partenaires et des actrices de la réponse.
La rencontre, animée par Esperancia Jean Noël, s’est ainsi inscrite dans une réflexion plus large sur la manière de rapprocher l’action humanitaire des réalités quotidiennes des populations.
En clôturant les échanges, la présidente d’ODELPA, Ficeline Fils Rateau, a réaffirmé l’importance de poursuivre ce dialogue avec les communautés.

« Écouter les communautés, c’est aussi reconnaître qu’elles disposent d’expériences, de capacités et de solutions. Notre rôle ne consiste pas uniquement à intervenir pour elles, mais aussi à agir avec elles, » a-t-elle déclaré.
À travers cette initiative, ODELPA entend ainsi rappeler que l’action humanitaire prend tout son sens lorsqu’elle dépasse le geste de donner pour devenir un processus d’écoute, de protection et de participation.
Dans un contexte haïtien marqué par la persistance des crises et la vulnérabilité de nombreuses communautés, les échanges du 18 août auront surtout posé une exigence : une aide véritablement utile est celle qui répond aux besoins immédiats sans jamais perdre de vue la dignité, la sécurité et la capacité des personnes à redevenir actrices de leur propre avenir.
Louiny Fontal

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