Par Louiny FONTAL, Président de la FHAMEJOUDDH
Il y a des projets qui se mesurent à leurs activités. Il y en a d’autres qui se mesurent à ce qu’ils laissent derrière eux. Pour moi, Impact 3 appartient à cette deuxième catégorie.
Pendant plusieurs mois, je vois des jeunes femmes et des filles participer à des formations, prendre la parole, questionner leur environnement, réfléchir à leur avenir et chercher des réponses aux difficultés auxquelles elles sont confrontées. Je vois surtout une dynamique se construire autour d’une conviction simple : les femmes et les filles ne doivent pas être considérées uniquement comme des personnes à protéger dans les situations de crise. Elles doivent aussi être reconnues comme des actrices capables de contribuer aux réponses apportées à ces crises.
C’est cette lecture que je fais de l’expérience conduite par ODELPA avec l’appui d’ONU Femmes à travers le WPHF Impact 3.
À travers ce projet, 200 jeunes femmes et filles sont sensibilisées et renforcées sur leurs droits, les violences basées sur le genre, la résilience, la communication et l’entrepreneuriat. Une partie d’entre elles bénéficie également d’un accompagnement économique destiné à soutenir leurs initiatives.
Mais, à mes yeux, le véritable enjeu commence précisément au-delà de ces résultats immédiats.
Que vont-elles faire de ce qu’elles ont appris ? Comment vont-elles utiliser leur voix ? Comment vont-elles influencer leurs pairs ? Comment vont-elles participer aux décisions qui concernent leurs communautés ? C’est là que se trouve, pour moi, la véritable mesure de la réussite d’Impact 3.
La communication ne doit pas seulement raconter le changement
En tant que journaliste et président de la FHAMEJOUDDH, je regarde aussi ce projet à travers le rôle que nous faisons jouer aux médias. Nous mettons en place un plan de communication avec des journalistes, des communicateurs et des influenceurs de la zone métropolitaine. Nous réunissons des professionnels autour des VBG, des droits des femmes, du rôle des médias et des stratégies de communication communautaire. De cette réflexion naît un plan multimédia et des messages destinés à toucher bien au-delà des bénéficiaires directes. Je considère cette démarche comme fondamentale. Informer ne suffit pas toujours. Il faut aussi contribuer à faire évoluer les regards.
Lorsqu’un média donne la parole à une jeune femme, lorsqu’il raconte son parcours sans la réduire à sa vulnérabilité, lorsqu’il explique les mécanismes des VBG et lorsqu’il montre qu’une femme peut entreprendre, diriger et participer à la réponse humanitaire, il contribue déjà au changement. C’est dans cet esprit que nous produisons et diffusons des contenus médiatiques, notamment des reportages, des émissions, des capsules audiovisuelles et des articles.
Donner aux jeunes les moyens de devenir des relais
Je m’intéresse particulièrement à la dimension d’engagement communautaire. Nous travaillons avec des jeunes, notamment celles vivant dans des sites de déplacés internes, afin qu’elles puissent progressivement devenir des relais auprès de leurs pairs. Cette étape me paraît essentielle, car un projet ne peut être durable si les bénéficiaires restent uniquement des bénéficiaires. Je veux les voir devenir des femmes qui parlent à d’autres jeunes femmes. Des femmes capables d’identifier les problèmes, de proposer des solutions et de participer aux initiatives de leur communauté. Je veux surtout qu’elles comprennent que leur voix compte.
La FHAMEJOUDDH choisit également d’investir le terrain du court métrage comme outil de plaidoyer contre les VBG. Cette approche nous intéresse parce qu’elle permet de raconter autrement. Elle permet de montrer les violences, leurs conséquences, mais aussi les possibilités de prévention et de changement. Une formation organisée le 6 septembre autour du plaidoyer contre les VBG par le court métrage réunit notamment des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel autour de cette réflexion. Je crois que nous devons multiplier ces formes de communication. Nous devons parler aux consciences, mais aussi toucher les imaginaires. Le projet se termine.
L’engagement, lui, doit continuer
C’est probablement ce qui me préoccupe le plus aujourd’hui. La cérémonie de clôture peut marquer la fin administrative d’un projet. Elle ne doit pas marquer la fin de l’accompagnement. Je souhaite que les 200 jeunes femmes et filles continuent à avancer. Je souhaite suivre leurs initiatives, comprendre leurs difficultés, écouter leurs recommandations et documenter leurs progrès.
À travers notre réseau de médias et de journalistes, nous voulons continuer à regarder ce qu’elles deviennent, ce qu’elles entreprennent et ce qu’elles proposent. Nous voulons porter plus loin leurs voix et leurs recommandations pour une société où les jeunes femmes et les filles sont davantage conscientes de leurs droits, mais également de leurs responsabilités au sein de leurs communautés.
Je veux croire que certaines d’entre elles deviendront demain des leaders communautaires, des entrepreneures, des communicatrices, des défenseures des droits humains et des actrices engagées dans les réponses humanitaires. Si Impact 3 nous permet d’arriver jusque-là, alors nous pourrons véritablement parler d’un projet qui a créé de l’impact. Et à la FHAMEJOUDDH, nous entendons être là pour accompagner cette suite.
Louiny FONTAL
Président de la Fédération haïtienne des associations de médias et de journalistes pour la défense des droits humains (FHAMEJOUDDH)

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