Delmas, le 14 septembre 2026.- Quarante-quatre jeunes femmes et filles ont reçu chacune un appui de 300 dollars américains pour lancer ou renforcer une activité génératrice de revenus. Elles font partie des 90 bénéficiaires d’un financement prévu dans le cadre du projet Impact-3, mis en œuvre par l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA), avec l’appui d’ONU Femmes Haïti à travers le Women’s Peace and Humanitarian Fund (WPHF).

La cérémonie de remise des chèques, tenue ce lundi 14 septembre 2026, marque une nouvelle étape pour ces bénéficiaires, après plusieurs semaines de formation. Un premier groupe de 34 jeunes femmes avait déjà reçu le même montant en juillet dernier. Un dernier groupe de 12 bénéficiaires doit compléter, d’ici la fin du mois de septembre, les 90 jeunes retenues pour recevoir cet appui.
Ces bénéficiaires sont issues d’un groupe de 200 jeunes femmes et filles formées entre avril et août 2026. Organisées par groupes de 25, les participantes ont suivi cinq jours de formation autour de plusieurs thématiques, notamment les violences basées sur le genre (VBG), la communication digitale, le marketing social, l’engagement communautaire et l’entrepreneuriat.
Le financement accordé vient ainsi donner une suite concrète aux connaissances acquises pendant les sessions. Les bénéficiaires ont été sélectionnées sur la base de leurs résultats au devoir portant sur le plan d’affaires, de leurs performances au post-test et de leur assiduité aux formations.

Un processus de sélection basé sur des critères précis
Le choix des lauréates a été confié à un jury composé de quatre membres. Parmi eux, Achlaie Cheslande Elorie Desinor, administratrice de la Fédération haïtienne des associations de médias et de journalistes pour la défense des droits humains (FHAMEJOUDDH). Elle assure que le jury a travaillé sans pression extérieure et dans le respect des critères établis.
« Le jury a travaillé de façon transparente, impartiale et objective, sans aucune contrainte. Chaque bénéficiaire était représentée par un code, ce qui nous a permis de faire l’évaluation sans être influencés par l’identité des candidates », a expliqué Achlaie Cheslande Elorie Desinor.

Pour les membres du jury, l’objectif n’était donc pas simplement de récompenser les meilleures notes, mais d’identifier les jeunes femmes qui avaient démontré leur capacité à porter leur projet.
Parmi les bénéficiaires figure Démosthène Sameca, 26 ans. Lorsqu’elle découvre son nom sur la liste des lauréates, l’émotion est immédiate. Elle apprend également qu’elle a obtenu la meilleure note.
« Je me suis sentie très ravie lorsque j’ai vérifié la liste et que j’ai vu mon nom. En plus, j’ai obtenu la plus forte note. L’émotion m’a envahie et je me suis dit : je suis capable », a raconté la jeune femme.
Cette reconnaissance vient conforter une idée qu’elle porte depuis plusieurs années. Sameca souhaite transformer des produits maraîchers en épices à travers une activité baptisée Sammie Épices.

« C’est une idée que je caresse depuis belle lurette. J’avais déjà travaillé là-dessus, mais le manque de moyens ne m’avait pas permis de démarrer. Aujourd’hui, grâce à ODELPA et au soutien financier d’ONU Femmes, je pense que mon rêve va enfin devenir une réalité », a-t-elle déclaré.
Son ambition ne s’arrête toutefois pas à cette première initiative. Elle a également créé Goût Manba, une activité de transformation d’arachides en beurre. La jeune femme compte aussi valoriser ses compétences en cuisine et en pâtisserie en proposant des services sur demande. Avec le financement reçu, elle entend maintenant passer rapidement à l’étape suivante.
« Mon projet est déjà élaboré. Dès la semaine prochaine, je vais tout mettre en œuvre pour le lancer définitivement. Je souhaite aller très loin avec ce projet, en Haïti comme à l’étranger », a-t-elle fièrement ajouté.
Commencer avec les moyens disponibles
Le parcours de Sameca prend une dimension particulière lorsqu’elle évoque sa situation personnelle. Ancienne résidente de Tabarre, elle a dû quitter son quartier en raison de la montée de l’insécurité et vit actuellement à Canapé-Vert.
Cette situation n’a pas changé son ambition. Elle souhaite devenir une entrepreneure capable de développer ses propres activités et de créer, à terme, de nouvelles possibilités pour elle-même et pour sa communauté.
Son message aux autres jeunes est simple : croire en ses capacités, continuer à apprendre et ne pas attendre d’avoir beaucoup de moyens pour commencer.
« Je conseille aux jeunes de croire en leurs capacités, de travailler, d’apprendre et de commencer avec le peu qu’ils ont pour atteindre leurs objectifs. Chacun et chacune a quelque chose à offrir à sa communauté. Moi aussi, je suis un exemple vivant », a-t-elle conclu.
Cette volonté de commencer progressivement rejoint les préoccupations exprimées par les organisations impliquées dans le projet. Pour elles, la remise des 300 dollars n’est qu’un premier soutien. La manière dont chaque bénéficiaire utilisera les ressources reçues sera déterminante pour la suite.
John Joseph, directeur exécutif du Centre de débats, de recherches et de formation (CEDREF), insiste ainsi sur la nécessité de poursuivre l’accompagnement après le financement.
« Il faut maintenant accompagner les bénéficiaires dans la mise en œuvre de leurs projets et les aider à faire face aux difficultés qu’elles peuvent rencontrer au démarrage et dans la gestion de leurs activités », a-t-il souhaité.

Le suivi doit notamment permettre aux jeunes femmes de mieux gérer leurs ressources et de trouver des solutions aux difficultés rencontrées au début de leurs activités.
La cérémonie a également été l’occasion pour John Joseph, prenant la parole au nom du Forum de la société civile, de remercier ODELPA pour cette initiative. Au nom du président du Forum, le Dr Fritz Moïse, empêché, M Joseph a encouragé les bénéficiaires à prendre leurs projets au sérieux et à faire fructifier les ressources mises à leur disposition.
« Prenez vos projets au sérieux et faites-les fructifier. Votre réussite peut contribuer à votre propre autonomie, mais aussi au développement économique de vos communautés », a-t-il insisté.
La présidente de l’ODELPA, Ficeline Rateau, a pour sa part salué le courage des jeunes participantes qui continuent de se projeter dans l’avenir malgré les difficultés économiques, sécuritaires et humanitaires auxquelles le pays est confronté.

Répondant à une question sur la vision qui l’animait lorsqu’elle a créé ODELPA, elle rappelle que l’organisation a été fondée en 2017 avec une ambition qui, selon elle, reste intacte.
« Lorsque j’ai décidé de créer cette organisation, j’avais une grande vision. Aujourd’hui, 19 ans plus tard, je pense que ce n’est que le début. Beaucoup de choses sont encore à venir », a-t-elle affirmé.
Elle invite les bénéficiaires à considérer leur projet comme une responsabilité envers elles-mêmes, mais également envers leurs communautés.
« Ces jeunes représentent l’avenir du pays. Je souhaite qu’elles deviennent de véritables artisanes du progrès dans leurs communautés », a souligné Ficeline Rateau.
Avec les 44 chèques remis cette fois-ci, ce sont désormais 78 jeunes femmes et filles qui ont reçu leur appui financier. Les 12 dernières bénéficiaires attendues en septembre porteront à 90 le nombre total de jeunes femmes soutenues financièrement.
Pour ces jeunes entrepreneures en devenir, le véritable travail commence maintenant : utiliser les ressources disponibles, mettre en œuvre leurs plans d’affaires et faire grandir leurs activités. Le financement leur donne un premier moyen d’agir. La suite dépendra de leurs choix, de leur travail et de leur capacité à transformer leurs idées en activités qui tiennent dans le temps.
Pauldinhio Woodlor Joseph

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