Saturday, June 06, 2026
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CLM Haïti : cinq ans de vigilance citoyenne face au VIH à la Tuberculose et au paludisme

Le 10 décembre 2020, alors que le monde célébrait la Journée internationale des droits humains, Haïti se dotait d’un outil discret mais stratégique : le Community-Led Monitoring (CLM). Cinq ans plus tard, l’heure n’est ni à l’autosatisfaction ni au découragement, mais à une réflexion lucide sur les acquis, les menaces et l’avenir de cet observatoire communautaire unique.

Lancé au sein du Forum de la société civile, le CLM Haïti est né d’une conviction simple mais puissante : les personnes directement concernées par le VIH, la tuberculose, le paludisme et la violence basée sur le genre doivent être au cœur de l’observation, de l’évaluation et de l’amélioration des services de santé qui leur sont destinés. Coordonné par l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA), le CLM a réuni dès ses débuts une quinzaine d’organisations communautaires membres, portées par des patients, d’anciens malades, des leaders associatifs et des défenseurs des droits humains.


Cinq ans plus tard, le bilan est loin d’être négligeable. À travers ses activités d’observation dans les sites de prise en charge, de collecte de données communautaires, de documentation des obstacles à l’accès aux soins et de plaidoyer ciblé, le CLM a contribué à remettre la qualité des services au centre du débat public, dans un contexte marqué par la fragilité du système de santé et l’instabilité sociopolitique chronique.


Les résultats sur le terrain parlent d’eux-mêmes. Chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), le taux de prévalence du VIH est passé de 18,2 % à 12,9 % au cours des cinq dernières années. Chez les professionnels du sexe, la prévalence s’est stabilisée autour de 8,7 %, malgré un environnement sécuritaire dégradé et une offre de services souvent perturbée. Ces avancées ne sont pas le fruit du hasard. Elles sont le résultat d’un travail patient, parfois invisible, mené au plus près des communautés, là où la stigmatisation, la discrimination, la peur et la désinformation continuent de freiner le recours aux soins.

Pourtant, au moment même où ces progrès commencent à produire des effets mesurables, le CLM fait face à une menace majeure : la diminution des financements internationaux. Cette contraction budgétaire met déjà un terme à certaines activités phares, notamment l’observatoire communautaire des services VIH dans plusieurs sites de prise en charge des personnes vivant avec le VIH et des populations clés. Ce recul n’est pas anodin. Il risque de fragiliser les mécanismes de redevabilité, de réduire la voix des premières concernées et de replonger certaines communautés dans l’invisibilité.
Il faut le dire clairement : sans observation indépendante, sans données communautaires, sans plaidoyer structuré, les dysfonctionnements du système de santé deviennent rapidement silencieux. Les ruptures de stocks, les attitudes discriminatoires, les coûts cachés, les délais de prise en charge
excessifs ne disparaissent pas ; ils cessent simplement d’être documentés.

 


Le paradoxe est frappant. Alors que les activités d’observation et de plaidoyer du CLM se révèlent encourageantes pour le pays, leur pérennité est aujourd’hui compromise. Or, la riposte au VIH, à la tuberculose et au paludisme ne peut se réduire à des chiffres globaux ou à des stratégies descendantes. Elle exige une implication réelle et continue des personnes vivant avec le VIH, des anciens patients tuberculeux, des populations clés et des groupes vulnérables, non comme bénéficiaires passifs, mais comme acteurs à part entière du changement.
Dans ce contexte, les démarches engagées récemment par le Conseil présidentiel de transition (CTP), à la suite de mouvements de plaidoyer portés par des acteurs du Forum de la société civile, ouvrent une perspective nouvelle. L’idée d’intégrer, dans le budget du Trésor public, une rubrique spécifiquement dédiée à la riposte au VIH constituerait une avancée majeure. Une telle décision marquerait un tournant historique : celui du passage d’une dépendance quasi exclusive aux financements internationaux vers une appropriation nationale progressive de la réponse.
Espérer la concrétisation de cette démarche n’est pas naïf. C’est une nécessité stratégique si Haïti veut atteindre les objectifs de réduction des nouvelles infections à VIH et renforcer la lutte contre les pathologies associées d’ici 2030. Sans financement domestique, sans reconnaissance institutionnelle du rôle des mécanismes communautaires comme le CLM, les gains obtenus au prix de cinq années d’efforts risquent de s’éroder rapidement.


À l’heure de ce cinquième anniversaire, le CLM Haïti n’a pas besoin d’éloges. Il a besoin de décisions courageuses. Préserver et renforcer cet observatoire communautaire, c’est investir dans la transparence, la qualité des services et la dignité des personnes. C’est aussi faire le choix d’une santé publique qui écoute, qui apprend et qui corrige, au lieu de regarder ailleurs.


Les cinq prochaines années diront si Haïti a su transformer cette expérience communautaire en pilier durable de sa riposte sanitaire. L’histoire récente montre que les communautés sont prêtes. Reste à savoir si l’État et les partenaires auront la lucidité d’accompagner ce choix.


Louiny FONTAL
fontallouiny1980@gmail.com

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