Cher Mario,
Quelle terrible nouvelle !
Il y a des nouvelles que l’on refuse d’entendre. Des nouvelles qui nous figent, nous déstabilisent et nous rappellent, avec une brutalité désarmante, toute la fragilité de la vie.
Comme l’écrivait François de Malherbe :
« La mort a des rigueurs à nul autre pareil ; on a beau la prier, la cruelle qu’elle est se bouche les oreilles et nous laisse crier. »
Jamais je n’aurais imaginé écrire ces lignes en ce mercredi de juillet 2026. Alors que j’étais en train de finaliser une émission avec mon collègue Markenzy Devariste (MCP2) — ton collègue lui aussi — un cri soudain a retenti dans le studio de Radio Télé MOUSSA.
Surpris, je lui ai demandé :
— « Qu’est-ce qui ne va pas ? »
Le regard perdu, la voix tremblante, il m’a simplement répondu :
— « Mario est mort… Voici le message que Jean Allens Macajoux vient de publier. »
Sous le choc, j’ai pris son téléphone pour réagir à la publication. Ce n’est qu’après avoir envoyé mon commentaire que je me suis rendu compte que je n’écrivais même pas à partir de mon propre téléphone. J’étais complètement désemparé.
Quelques minutes seulement après la publication de Jean Allens Macajoux, mon téléphone se met à sonner sans arrêt. Les appels et les messages affluent de partout. D’anciens collègues de Mélodie FM, de Radio MINUSTAH FM, mais aussi des amis, des confrères et des proches cherchent à comprendre, à vérifier, à espérer que cette nouvelle est fausse.

Violine Thélusma m’écrit un court message, chargé d’inquiétude : « Louiny, dis-moi que ce n’est pas vrai… » Comme beaucoup d’entre nous, elle refuse encore de croire que Mario vient de nous quitter.
Quelques instants plus tard, mon téléphone sonne de nouveau. C’est Maxis Ezequiel, un ancien collègue de Mélodie FM. Sa voix est brisée. Les mots ont du mal à sortir. Les sanglots prennent le dessus. Nous échangeons quelques phrases, puis le silence s’installe. Un silence lourd, qui en dit plus que tous les discours sur la douleur qui nous envahit.
Au fil des appels, une même question revient, presque machinalement : « Est-ce vrai ? » Et chaque fois, il faut trouver la force de répondre oui, alors que moi-même, je peine encore à accepter cette réalité.
À ce moment précis, je prends pleinement conscience que le départ de Mario dépasse le cercle de sa famille. C’est toute une génération de journalistes qui perd l’un des siens, un confrère respecté, un ami fidèle, un passionné de sport mais aussi de politique et de santé dont la voix a accompagné des milliers d’auditeurs pendant plus de deux décennies.
La douleur est immense. Elle est encore là. Et elle le restera longtemps.
Barreau…
Cette nouvelle m’a bouleversé. Elle m’a laissé sans voix. Elle m’a obligé à m’interroger, une fois de plus, sur le sens de la vie et sur cette frontière si mince qui sépare la vie de la mort.
Pourtant, c’était seulement la veille.
Alors que je montais vers Laboule, fidèle supporteur de l’Argentine, tout comme toi, je cherchais à écouter les analyses des chroniqueurs sportifs après le coup de sifflet final du match opposant l’Argentine à l’Égypte.
Je suis tombé sur ta voix.
Une voix calme, posée, passionnée, analysant la rencontre avec cette sérénité qui t’a toujours caractérisé.
Rien, absolument rien, ne laissait présager que quelques heures plus tard, cette même voix s’éteindrait à jamais.
L’asthme, cette maladie respiratoire contre laquelle tu te battais avec tant de courage depuis de nombreuses années, a malheureusement fini par avoir raison de toi.
Tu connaissais mieux que quiconque les souffrances qu’elle provoque. Tu en parlais souvent. Tu rêvais même de créer une association de sensibilisation et de lutte contre l’asthme, afin que d’autres personnes puissent être mieux informées, mieux accompagnées et, peut-être, sauvées.
Aujourd’hui, une question me hante.
Qu’adviendra-t-il de ce rêve ?
L’association avait-elle déjà été créée ? Les démarches étaient-elles déjà engagées ? Qui reprendra ce flambeau que tu portais avec tant de conviction ?
J’ose espérer que ce projet ne mourra pas avec toi. Ce serait sans doute le plus bel hommage que l’on pourrait rendre à ta mémoire.
En repensant à notre parcours, les souvenirs affluent.
Je revois notre première rencontre à Mélodie FM. J’étais un jeune stagiaire à la salle des nouvelles, affecté à la couverture économique. Toi, tu venais d’intégrer la station comme chroniqueur sportif, sous l’impulsion de notre mentor Jacky Marc, à l’occasion de l’Euro 2004.
Avec Jean Panel Fanfan, Michel Antoine et Gérald Étienne, vous étiez venus renforcer une équipe déjà exceptionnelle.
Très vite, au-delà des micros et des salles de rédaction, une véritable amitié est née.
À Mélodie FM, nous étions bien plus que des collègues.
Nous étions une famille.
Puis vint le terrible séisme du 12 janvier 2010.
Quelques jours plus tard, le destin nous réunissait à nouveau à Radio MINUSTAH FM, où nous avons poursuivi ensemble notre mission de journalistes, du 17 janvier 2010 jusqu’à la fermeture de la station en 2017.
Pendant toutes ces années, nous avons partagé des reportages, des directs, des débats, des éclats de rire, mais aussi les moments les plus difficiles que notre pays ait connus.
Ces dernières années, la vie nous avait éloignés.
Nous nous croisions moins souvent.
Nous nous parlions moins.
Mais chaque rencontre retrouvait instantanément cette complicité, cette chaleur et ce respect qui n’avaient jamais disparu.
Encore au mois de mai dernier, nous échangions sur plusieurs projets que nous rêvions de concrétiser ensemble.
Nous pensions avoir le temps.
La vie en a décidé autrement.
Vingt-deux années d’amitié et de fraternité journalistique s’achèvent aujourd’hui dans une douleur immense.
Tu nous quittes beaucoup trop tôt.
Mais certaines personnes ne meurent jamais vraiment.
Elles continuent de vivre dans les souvenirs qu’elles ont laissés, dans les vies qu’elles ont marquées, dans les valeurs qu’elles ont transmises.
Ton rire, ton professionnalisme, ton humilité, ton amour du journalisme et ton profond attachement à tes collègues resteront gravés dans nos mémoires.
Comme l’écrivait Saint Augustin :
« Ceux que nous avons aimés et que nous avons perdus ne sont plus où ils étaient, mais ils sont partout où nous sommes. »
Va en paix, mon frère.
Merci pour ces vingt-deux années d’amitié.
Tu demeureras à jamais dans nos cœurs.
Toute l’équipe de Radio Télé MOUSSA s’incline avec émotion devant ta mémoire. Une pensée particulière de tes anciens collègues et amis : Max Evens Séide, Markenzy Dévariste, Ychmuth Corneille, Dénor Sévère et moi-même.
Nous te disons un dernier adieu, avec le cœur lourd, mais remplis de gratitude pour tous les moments partagés, les fous rires, les débats passionnés et les souvenirs que le temps n’effacera jamais.
Que la terre te soit légère, Mario.
Repose en paix, mon frère. Tu resteras à jamais dans nos cœurs et dans la grande famille des journalistes haïtiens.
Delmas, le 9 juillet 2026
Louiny FONTAL

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