New-York, 28 août 2026.- Le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni en urgence aujourd’hui pour examiner la situation en Haïti, à la suite de la dégradation continue de la situation sécuritaire, notamment après l’attaque meurtrière perpétrée à Kenscoff, dans les hauteurs de Port-au-Prince. La réunion avait été demandée notamment par le Panama, les États-Unis et la Colombie, qui suivent le dossier haïtien au Conseil.
- Les principaux éléments présentés
Les intervenants ont dressé un tableau extrêmement préoccupant :
Expansion territoriale des groupes armés : les gangs ne sont plus seulement concentrés dans certaines zones de Port-au-Prince, mais étendent leur influence vers d’autres départements et axes stratégiques du pays.
Aggravation de la crise humanitaire : déplacements massifs de populations, insécurité alimentaire, violences sexuelles et effondrement des services publics.
Crise institutionnelle persistante : la question de la restauration d’institutions démocratiques et de l’organisation des élections reste liée à la capacité de rétablir un minimum de sécurité.
Les représentants du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) et des affaires humanitaires ont insisté sur l’urgence d’un renforcement de l’appui international.
- Le dossier de la force internationale
Un point majeur demeure la mise en œuvre effective du mécanisme international de soutien à la sécurité haïtienne. Les membres du Conseil reconnaissent que les moyens actuels de la Police nationale d’Haïti ne suffisent pas à reprendre le contrôle des territoires dominés par les groupes armés.
Cependant, une question demeure fondamentale : comment apporter une assistance internationale sans répéter les erreurs des interventions précédentes en Haïti ?
Depuis plusieurs décennies, les missions étrangères ont souvent privilégié une approche sécuritaire sans transformation profonde des structures politiques, économiques et sociales qui alimentent l’instabilité.
- Analyse politique et géopolitique
Cette réunion révèle une réalité essentielle : la communauté internationale continue de traiter la crise haïtienne principalement sous l’angle de la sécurité, alors que la crise est beaucoup plus profonde.
Haïti fait face à une crise de souveraineté nationale, caractérisée par :
l’affaiblissement de l’État ;
la perte du monopole de la violence légitime ;
la dépendance excessive envers les acteurs extérieurs ;
l’absence d’un consensus national durable sur la refondation institutionnelle.
Le problème des gangs est réel et extrêmement grave, mais il constitue aussi le symptôme d’une crise historique de gouvernance, de pauvreté structurelle et d’ingérences répétées.
- La question de la responsabilité internationale
Une analyse sérieuse doit également poser la question du rôle historique des puissances étrangères dans l’évolution d’Haïti.
La communauté internationale intervient aujourd’hui pour stabiliser un pays dont les institutions ont été fragilisées par des décennies d’interventions extérieures, d’instabilité politique, de sanctions, d’isolement économique et de dépendance.
L’enjeu n’est donc pas seulement de « combattre les gangs », mais de permettre à Haïti de reconstruire un État capable de :
contrôler son territoire ;
sécuriser ses frontières ;
réformer sa justice ;
reconstruire son économie ;
garantir une véritable légitimité démocratique.
- Lecture prospective
Cette réunion du Conseil de sécurité constitue un nouveau signal d’alarme, mais elle ne représente pas encore une solution.
La question centrale demeure :
L’ONU et les puissances internationales veulent-elles réellement accompagner une reconstruction souveraine d’Haïti, ou seulement contenir une crise devenue une menace régionale ?
L’avenir dépendra de la capacité des acteurs haïtiens à reprendre l’initiative politique et de la volonté de la communauté internationale de dépasser une logique purement sécuritaire.
En définitive, Haïti n’a pas seulement besoin d’une opération contre les gangs; elle a besoin d’un véritable projet national de refondation de l’État.
Jean Frantz LASERRE
Senior Analyste politique

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